Florent est un membre du groupe voyager au Kirghizistan, que j’ai rencontré lors de la préparation de son aventure kirghize: la traversée du pays en solo à cheval. Florent est un aventurier expérimenté, il a déjà traversé le désert de Gobi avec un chameau et passé plus de 6 mois à cheval en solo en Mongolie.
Il partage ses voyages en réalisant des films de ses péripéties, pour la télévision et prépare actuellement une nouvelle aventure encore plus extrême !
Nous avons échangé avant, pendant et après son aventure et c’est ainsi qu’est née l’idée de cette interview dans laquelle il nous raconte son périple à cheval.

Salut Florent, peux-tu te présenter ?

Salut, je m’appelle Florent, j’ai 33 ans et je parcours le monde, depuis 3 ans, avec ma caméra. Je réalise des films accès sur l’aventure et la découverte des différentes cultures à travers le monde. Je voyage de manière accès extrême, j’ai notamment traversé l’Amérique du Nord sur des trains de marchandises, le Yukon en canoë, vécu seul en pleine nature en Alaska … 

Pourquoi avoir choisi le Kirghizistan pour voyager en solo à cheval ?

Il y a 4 mois je venais de rentrer d’un long voyage de 2 ans. Je travaillais sur ma prochaine aventure qui devrait durer 4 ans, elle comprend de nombreuses ascensions en très haute altitude ainsi que la traversée de pays avec des chevaux. Un de mes amis cherchait un partenaire pour partir à l’assaut du Pic Lénine (sommet à 7 138m). Je cherchais un endroit où je pouvais lier un long trip à cheval tout en effectuant une ascension en très haute altitude, le pays était un terrain parfait pour ces deux disciplines.

 

 

Tu as déjà voyagé à cheval, en Mongolie, en quoi ce trip au Kirghizistan était différent ?

En Mongolie j’ai commencé par effectuer la traversée du désert de Gobi avec un chameau (j’en avais acheté deux, mais j’ai perdu le premier dès le 2e jour …). Il s’agissait de ma première expérience de voyage avec des animaux et j’étais servi. Il n’est pas rare de marcher plusieurs jours sans croiser une personne, l’horizon est plat comme un océan, on est vraiment loin des paysages du Kirghizistan. Ensuite après 1 mois de traversée je suis allé dans la vallée d’Oregon où j’y ai acheté deux chevaux (je m’enfonçais dans les montagnes pour y passer l’hiver en autonomie totale pendant 5 mois) j’avais donc besoin de deux chevaux. La grosse différence ici est qu’il s’agissait plus d’une retraite philosophique, je venais de voyager pendant 2 ans et j’allais rester dans mon tipi au bord d’un lac tout l’hiver avec des températures extrêmes de -30 à -40c°…

Quel niveau d’équitation faut-il avoir pour tenter cette aventure ?

En Mongolie je ne disposais d’aucune expérience en équitation. Je pense que la plus grande difficulté est surtout mentale lorsque tu voyages seul. Ensuite il est préférable de lire plusieurs livres sur le sujet en amont qui te permettront d’apprendre quelques petits trucs. Monter un cheval n’est pas compliqué cependant il faut prendre en compte qu’un voyage avec des animaux est totalement différent de tout autre voyage. Tu as de nombreuses contraintes, ainsi qu’une grande responsabilité envers ton cheval. Quoi qu’il arrive il doit passer en premier, il faut accepter ça avant même le départ, car cela impacte énormément ton voyage.

Comment as tu fait pour acheter ton cheval et à quel prix l’as tu payé ?

En Mongolie j’ai directement acheté mes chameaux et chevaux, il n’y a pas vraiment d’animal market comme au Kirghizistan et donc l’achat se fait chez les nomades. Au Kirghizistan j’ai acheté Saphir avec l’aide d’un local (je lui avais donné un petit billet). Non seulement ça permet d’acheter le cheval au prix réel, mais aussi pour moi qui n’ai pas une grande expérience dans ce domaine, de m’acquérir d’un cheval de qualité. Au niveau du prix le cheval a coûté 67 000 sum, il faut compter 4 000 sum supplémentaires pour le matériel. À savoir que j’ai revendu Saphir à la fin du périple 58 000 sum …

Comment as tu fais pour nourrir et abreuver Saphir au quotidien ? le soigner ?

Contrairement au désert de Gobi que tu ne peux pas traverser à cheval, l’accès à l’eau au Kirghizistan n’est pas un problème. Je trouvais régulièrement sur la route une source, une rivière pour abreuver Saphir. Pour la nourriture c’était un peu plus compliqué, là où il faut quelques minutes à ton cheval pour faire le plein d’eau, il lui faudra brouter en moyenne 12 heures par jour … Tu dois donc faire attention aux endroits où vou tu t’arrêtes. Pour faire simple, je l’attachais avec une corde de 15 mètres et un piolet, il avait largement l’espace nécessaire pour brouter toute la nuit. En haute altitude ou dans des endroits arides, l’herbe n’était pas présente en grande quantité. Saphir a ainsi perdu pas mal de poids en un mois. 

Pour les soins tout se passe dans l’observation, après quelques jours tu te rends compte si ton cheval est fatigué, stressé par telle ou telle situation et du coup tu dois t’adapter. Il m’arrivait également de demander aux locaux s’il trouvait Saphir en bonne santé … Mais de manière générale nous n’avons rencontré aucun problème important. 

Que vérifiais tu sur ton cheval chaque jour avant le départ?

Encore une fois mon expérience de cavalier est limitée c’est pourquoi je n’estime pas être légitime pour conseiller des personnes sur ce sujet… Mais en toute logique on fait un petit tour du cheval pour voir si tout est normal avant de partir. Ensuite, c’est une fois en marche que tu distingues si ton cheval est dans un bon jour ou pas … Les locaux sont très curieux, surtout si tu as un cheval, ils vont venir le regarder, parfois ils proposent de l’acheter … du coup ils n’hésitent pas à te dire s’ils distinguent un petit souci sur ton cheval, dans les montagnes au Kirghizistan tout le monde possède un cheval, tout le monde est donc un peu vétérinaire…

A quoi ressemblait ta journée type ?

Comme dans toute aventure en plein air tes journées sont rythmées par le soleil … Au petit matin, réveille à 6 h pour un départ à 8 h. En fonction du terrain, nous parcourons 20 à 40 km par jours. Le midi le plus important est de trouver un endroit avec de la bonne herbe pour Saphir (il peut ainsi manger pendant 1 ou 2 heures). En moyenne on marchait 8h/jour. Le soir il faut trouver un endroit idéal pour Saphir (la qualité de l’emplacement pour la tente est secondaire …). En temps normale la nuit représente jusqu’à 50% du temps ou les chevaux mangent, pour Saphir c’était plus autour de 80% puisqu’il marchait toute la journée… Pas question de s’arrêter dans un endroit totalement dépourvu d’herbe. Les journées sont donc rythmées par la marche et par la recherche d’endroits sympas où ton cheval pourra se reposer et se nourrir. On s’octroyait une journée de repos tous les 6 jours environ.

Quel itinéraire as tu suivi ? Comment as tu trouvé ton chemin ?

J’ai acheté Saphir au marché des animaux sur Ozgon. Ensuite une personne nous a conduit jusqu’à Kara Kulja en camionnette (je ne voulais pas partir depuis Ozgon avec le stress qu’occasionne le fait de marcher dans une zone urbaine). Dans un premier temps l’objectif était le lac Chatyr Kul, mais je n’étais pas sûr de pouvoir passer le col Shilbili Ashuu. Une partie des locaux me disait que c’était impossible, l’autre le contraire … Au final après 4 jours de marche il n’y avait plus aucune trace, ça devenait trop dangereux, et pour finir Saphir à cessé d’avancer. Nous avons dû effectuer un détour de 5 jours pour passer par le col Chaar-Tash Ashuu plus au nord. Cette partie du trek était vraiment cool, car les gens n’avaient pas l’habitude de voir des touristes, j’étais, aux dires, des locaux le premier touriste qu’ils voyaient à cheval, du coup j’étais régulièrement invité à prendre le thé, un repas ou passer la nuit dans les tentes ou Yourtes des bergers. 

Au lieu du lac Chatyr Kul je me suis donc orienté vers le lac Son Kul plus au nord, puis vers Narin. De là nous avons marché jusqu’au col Tong Ashuu qui cumule à plus de 4 000 mètres pour rejoindre le lac Issyk-Kul. Ensuite nous avons marché le long du lac jusqu’à Tosor (Saphir était assez fatigué) nous nous sommes arrêtés à 3 jours de Karakol.

La première partie du trek n’était pas référencée sur Maps.me (que j’utilise dans tous mes voyages), j’ai donc utilisé des cartes, et l’aide des locaux … Ensuite à partir du lac Son Kul on arrive sur des zones plus fréquentées par les touristes, et donc tous les treks sont référencés sur maps.me et sur les cartes papier … 

Le cheval a t il changé ton rapport aux locaux ?

J’ai été assez surpris lorsque les locaux me disaient n’avoir jamais vu ou très rarement des touristes voyager seul à cheval. Du coup ils étaient vraiment curieux, ils voulaient savoir d’où j’étais parti, ou j’allais … Les gens sont très liées avec leurs chevaux c’est pourquoi ils respectaient vraiment le fait que je traverse leurs pays, seul à cheval. Ils voulaient absolument m’inviter à prendre le thé, à manger et rester chez eux pour la nuit. Beaucoup de personnes étaient également intéressées par Saphir, c’était un magnifique cheval et les gens venaient le voir pour essayer de me l’acheter, ainsi les liens se créent facilement. Définitivement si tu veux rencontrer les locaux sans avoir ce rapport qu’ils peuvent entretenir avec les touristes (rapport avec l’argent), voyage seul à cheval, à coup sûr tu te feras de nombreux amis …

Quels sont pour toi, les risques du voyage à cheval en solo ? Comment les éviter ?

Le principal risque est la chute, on ne peut l’éviter, mais on peut en réduire les conséquences … C’est pourquoi j’ai en tout temps sur moi (dans un petit sac à dos et non sur le cheval) un téléphone satellite et de quoi survivre 48 h. Les premiers jours je prends également le temps d’apprendre à connaître mon cheval (comment se comporte-t-il à l’approche d’une voiture, d’un chien, d’autres animaux). C’est également important de démarrer dans une zone peu dense, pour réduire au maximum le stress que l’on rencontre dans les zones habitées. Il n’y a pas tellement d’autres risques, mais on se doit d’accepter les aléas d’un long voyage à cheval. J’ai ainsi changé plusieurs fois mon trajet. Une fois j’ai été contraint à un détour de 5 jours car il m’était impossible de passer un col avec mon cheval. À la fin j’ai décidé d’arrêter la marche 3 jours avant Karakol, car je sentais que Saphir était trop fatigué. 

Pour finir, Florent, peux tu nous partager ton plus beau souvenir ?

 

La beauté d’un t-elle voyage réside dans sa globalité et ne peut se réduire à quelques moments ou lieux instagrammable.Traverser un pays à cheval est loin d’être un voyage paisible, tu dois régulièrement marcher plusieurs jours pour atteindre un lieu en particulier, passer des cols sous la pluie, vous priver de nourriture, sans compter les difficultés, risques et responsabilités inhérents aux voyages à cheval … C’est, une fois dépassés la douleur, la fatigue, le doute, que tu commences à apprécier la beauté d’une telle aventure. Les rencontres sont alors magnifiées par leurs authenticités, les montagnes, prairies, lacs, te dévoilent dans leurs grandeurs leurs véritables beautés …

Merci Florent, pour cet échange passionnant. J’ai mon programme pour mon prochain voyage au Kirghizistan. Je te souhaite bonne continuation dans tes projets et j’attends avec impatience leurs sorties en vidéo.
Si tu as des questions, ou que tu as vécu une aventure similaire et souhaite la partager n’hésite pas à laisser un commentaire !
Tu peux retrouver Florent sur son instagram: https://www.instagram.com/florentdefay/